Traversée
La Blanquilla - Los Roques : 120 M, 20h, 6N
Nous partons vers 17h de la Blanquilla pour 120
milles: ce sera une nav de nuit.
15 à 20 nuds de vent arrière,
vagues de 3 mètres: c'est plus calme que
ces derniers jours où ça descendait
rarement sous les 20 nuds.
Nous levons l'ancre GV sortie: avec le vent dans
le dos pendant toute la route, autant hisser la
GV avant de partir!
Mais moins d'une heure après, nous affalons
la GV, qui perturbe trop le génois. Nous
naviguons maintenant génois seul, avec
10 à 15 nuds de vent arrière:
ça nous rappelle une certaine transat!...
La nuit et les quarts se passent "normalement"
: nous croisons 1 cargo et prenons 2 petits grains.
Vers 9h, nous doublons par le nord l'île
de La Orchila, occupée par l'armée
et interdite d'accès. Son phare, visible
de loin, nous a servi de repère une bonne
partie de la nuit.
A 11h, El Grand Roque est en vue : c'est l'île
principale de l'archipel de Los Roques, la seule
visible à plus d'une heure car assez élevée,
d'où son nom.
A 12h30, nous ne sommes qu'à 30 minutes
d'arriver dans la passe nord-est permettant de
rentrer à l'intérieur de la barrière
de corail... mais ne la voyons pas!
Là-dessus arrive un gros grain, qui nous
oblige à ressortir les vestes de quarts
pour la première fois depuis la transat,
et surtout réduit la visibilité:
impossible d'évaluer les distances et les
profondeurs. Nous rentrons le génois.
15 minutes avant la passe, des séparations
apparaissent entre les îles et les récifs
: mais quelle est la bonne? Nous savons que notre
logiciel de cartographie n'est pas fiable dans
la région: à la Blanquilla, il positionnait
notre mouillage à 150m à l'intérieur
des terres!
Nous suivons pourtant la route indiquée,
faute d'autre information... et nous apercevons
soudain que nous allons droit sur un brisant!
Nous dévions immédiatement de 90°
vers le nord. Le grain est passé et nous
sommes maintenant suffisamment proches pour identifier
les îles. Après quelques allers-retours
entre le cockpit et la table à carte, nous
faisons demi-tour et trouvons enfin la fameuse
passe nord-est!
Nous sommes maintenant dans l'archipel. Mais
la tension ne baisse pas beaucoup : les cartes
sont peu précises et les profondeurs faibles:
Nous découvrons la navigation à
vue, la couleur de l'eau donnant une indication
sinon de la profondeur, du moins du type de fond
: corail, algues, pierre ou sable! Mais dans cette
partie de l'archipel, il n'y a pas de danger particulier
et nous arrivons sans soucis jusqu'au mouillage
devant Grand Roque.
Los Roques, nous voilà!
Los Roques : Grand Roque (17 au 20 février)
- Contrastes - Tuyauterie - Heure des choix!
Contrastes
Grand Roque héberge le seul village de
l'archipel. Un tout petit village où se
côtoient habitants et touristes arrivés
par avion (il y a 2 aérodromes sur l'archipel!),
en pension pour le week-end ou la semaine dans
les nombreuses "posadas". Il s'agit
apparemment d'une destination très prisée
par les Venezuéliens en mal
d'authenticité et les fans de plongée.
Malgré le contraste éclatant entre
les 2 niveaux de vie, la promiscuité entre
posadas restaurées avec goût (essentiellement
par des italiens), et maisons de pêcheurs
délabrées, semble (au premier abord?)
fonctionner. On se demande tout de même
pour combien de temps encore... la grande majorité
des habitants étant concentrée dans
une partie du village un peu à l'écart...
Pas de rues pavées, il n'y a que du sable.
Pas de voitures, pas d'affiches publicitaires,
pas de néons etc... c'est très reposant.
Cela plairait (plaira?) beaucoup aux amateurs
de Lubéron et Toscane (qui se reconnaîtront...),
avec la plongée sous-marine et l'eau turquoise
en plus!
Pour les plaisanciers, les formalités
d'entrée se font en 4 étapes, permettant
d'ailleurs de visiter tout le village (à
croire que c'est fait exprès!), et coûtent
la bagatelle de 70 euros pour 5 personnes et un
bateau de 42 pieds. Cette taxe permet de financer
le fonctionnement du parc naturel que constitue
l'archipel: en effet, on trouve ici, paraît-il,
"98% des espèces coralliennes mondiales,
plus de 90 espèces d'oiseaux, et une grande
variété de plantes aquatiques et
terrestres".
Dans le village se trouve un petit "supermercado"
et quelques boutiques, plus ou moins bien achalandés
selon que le vieux DC3 (pléonasme: où
ailleurs voit-on encore voler ces avions?) approvisionnant
l'île est passé récemment
ou non.
En ce qui nous concerne, nous trouvons à
peu près ce que nous cherchons. Il nous
faut quand même bien fouiller dans les cartons
pleins de fruits et légumes pourris pour
en dénicher quelques-uns corrects!
Plusieurs boutiques font le change euros/bolivars
à un taux équivalent à celui
pratiqué à Margarita (6 bolivars
pour un euro).
Nous avons la chance d'avoir depuis le mouillage
une bonne connexion internet (le village disposant
depuis peu de réseaux wifi ouverts), qui
nous permet de mettre rapidement en ligne le carnet
et les photos de notre semaine sur l'île
de La Blanquilla.
Le mouillage est agréable, l'eau est très
belle: entre l'école et les balades dans
le village, nous nous baignons depuis le bateau,
sous lequel nous voyons régulièrement
un banc de jeunes barracudas peu farouches: il
faut dire qu'ici, la chasse est interdite et ils
n'ont pas grand chose à craindre des baigneurs.
Le village de Grand Roque vu du mouillage
Nous découvrons la façon de pêcher
des pélicans, plongeant tels des kamikazes
en piqué sur les bancs de poissons.
C'est particulièrement impressionnant
lorsqu'ils font cela en groupe de plusieurs dizaines,
de façon coordonnée! Les derniers
du groupe arrivent tout de même dans l'eau
après les premiers, et on se demande s'ils
ont une chance d'attraper quoi que ce soit!
Parfois, ils y vont avec apparemment si peu de
conviction qu'on se demande si les pélicans
locaux ne sont pas un peu fainéants et
si ce n'est pas leur façon de se poser
sans trop réfléchir!
"Banzaï!!!"
Bateau sous l'eau
Un matin au mouillage, notre attention est attirée
par une agitation inhabituelle : un bateau hors-bord
a coulé et des pêcheurs essayent
de le traîner vers la terre avec leur "lancha".
Nous les regardons, moteur hurlant, passer au
ralenti 20 mètres devant nous... avant
de réaliser qu'ils vont passer sur notre
chaîne!
Nous crions, mais ils n'entendent rien avec le
bruit de leur moteur!... Quand ils finissent par
remarquer nos gesticulations, ils s'arrêtent
mais un peu tard: les 2 moteurs du bateau traîné
sur le fond sont pris dans la chaîne.
Une autre lancha vient aider la première.
Elles parviennent à traîner le hors-bord
de l'autre côté et dégager
la chaîne. Viens alors un gros bateau de
pêche, qui relaie plus efficacement les
2 lanchas: il tire le bateau vers le large, assez
vite pour le faire décoller du fond et
remonter à la surface, où quelqu'un
parvient à le vider et apparemment supprimer
la voie d'eau puisque tout ce petit monde finit
après 1/2h par s'arrêter... et flotter!
Pendant ce temps, vérification du mouillage
: par chance, l'ancre n'a pas bougé et
la chaîne n'a pas été abîmée.
Tuyauterie internationale
Nous apprenons avec plaisir qu'il est possible
de faire les pleins d'eau à l'usine de
désalinisation, à l'extrémité ouest
du village. Mais le service (gratuit) est minimum!
Pas de quai : il faut amener le bateau à
une bouée à 70m environ de la plage,
puis soit bidonner et faire les allers-retours
en annexe, soit se brancher directement avec un
tuyau assez long.
Nous avons besoin de 600 litres d'eau et n'avons
qu'un bidon de 20l et un tuyau de 25m... Nous
choisissons la solution tuyau. Après avoir
fait le tour des bateaux au mouillage puis raccordé
tant bien que mal les 7 tuyaux ainsi obtenus,
nous disposons de près de 90m de tuyau
français-italien-monégasque-colombien:
ça devrait marcher!
L'une des extrémités étant
mise en place du côté du bateau,
nous déroulons le tuyau en annexe jusqu'à
la plage où sont les vraies difficultés
: raccorder notre tuyau à celui de l'usine
de désalinisation, puis pendant le remplissage
se bagarrer avec les fuites des raccords, cette
fois ceux du tuyau Venezuélien!
Démarrée à 11h par la recherche
des tuyaux, l'opération se termine à
15h... la solution bidonnage en annexe aurait
certainement été plus rapide et
moins fatigante!
L'heure des choix
Nous rencontrons les Monégasques Jean-François,
Martine et Christian sur leur bateau Odilon (en
regardant dans le guide des drapeaux nationaux,
nous avons d'abord cru qu'ils étaient Indonésiens!).
Jean-François et Martine ont de nombreuses
années de navigation derrière eux,
notamment dans les Caraïbes et l'Atlantique
nord. Ça tombe bien! Nous sommes (déjà!)
en février: après 6 mois de voyage,
c'est l'heure des choix pour la route du retour
et nous avons besoin d'en discuter avec des voyageurs
expérimentés.
Nous comptons avancer encore un peu à l'ouest
jusqu'aux Antilles Néerlandaises (Bonaire,
Curaçao, Aruba). Pour la suite, nous avons
les possibilités suivantes:
Revenir suffisamment en arrière (Margarita),
puis:
1. Soit remonter au nord vers les Iles Vierges,
2. Rejoindre Grenade et remonter tout l'Arc Antillais,
3. S'éloigner encore un peu et remonter
au nord-ouest des Caraïbes, vers Cuba.
La difficulté des 2 premières options
est le retour en arrière du début:
navigations au près, face au courant et
avec des creux de 2 à 5 mètres :
pas très confortable! La traversée
au nord vers les Iles Vierges n'est à priori
pas de tout repos non plus.
L'avantage est de pouvoir rejoindre rapidement
une route "classique" en prévision
de la transat retour. Mais ce ne sont pas des
destinations qui nous enchantent, sans trop savoir
pourquoi. Chacun ses rêves !
La troisième option, plus "authentique",
a notre préférence: elle nous permettrait
de visiter Cuba, un pays qui nous attire beaucoup,
Mais elle présente un double inconvénient:
en nous éloignant de la route classique,
elle nous impose de nombreux milles supplémentaires
et une route retour vers la France plus au nord,
et plus exposée : remontée de la
Havane vers Les Bahamas, puis transat via les
Bermudes.
Nous
recherchons pour cette option un équipier
expérimenté avec
en particulier de bonnes connaissances météo,
prêt à se serrer avec nous 2 ou 3
semaines entre mi-mai et mi-juin entre les
Bermudes et les Acores. Vous
êtes intéressés ou connaissez
quelqu'un de confiance? Contactez-nous!
Au fil de discussions très enrichissantes
avec Odilon et d'autres voyageurs, nous penchons
tour à tour pour l'une ou l'autre des options...
difficile de trancher!
Nous nous donnons jusqu'à Curaçao,
soit jusqu'au 8 mars, pour prendre une décision
définitive.
Los Roques : Crasqui (20 au 22 février):
Les yeux dans les bleus!
A nouveau quelques moments d'inquiétude
sur le chemin puisqu'à l'approche de l'île,
nous nous retrouvons parfois avec seulement 2,5m
d'eau... alors que notre tirant d'eau (hauteur
du bateau immergée) est de 2,10m!
Notre premier mouillage dans la partie "sauvage"
de l'archipel est en face d'une longue plage de
sable. Avec Odilon, là depuis la veille,
nous ne sommes que 2 bateaux, à 300m l'un
de l'autre!
Vers 11h, Odilon part pour une autre île,
nous laissant profiter seuls du mouillage. C'est
beau, c'est même très beau. Surtout
dessus. Quoique dessous, avec les tortues, tout
ça...
La plage de Crasqui
Nous prenons un goûter sur une minuscule
"île déserte": en fait
un banc de sable affleurant, à l'extrémité
est de l'île de Crasqui.
Depuis quelques jours, Fleur commence à
s'intéresser aux oiseaux et signale d'un
"Aya!" tous les passages ou les plongeons
des pélicans!
Elle prend (un peu trop à notre goût)
confiance et commence à marcher dans le
bateau sans se tenir... ce qui lui vaut bien sûr
quelques jolies bosses!
Los Roques : Sarqui (22 au 25 février): Plein
de Français - Et les enfants?
Toujours la même appréhension pendant
l'approche. "Ces tâches sombres, devant,
c'est plus ou moins profond?"
Nous retrouvons Odilon au mouillage.
Arrivent peu après Florent et Alexandra,
jeune couple naviguant sur L'insouciant. Depuis
l'île de Margarita, ils voyagent avec Odilon
vers la Colombie.
Les 3 équipages se retrouvent le soir
sur Odilon pour un excellent dîner. Au menu:
bulots, espadon à la niçoise, mousse
au chocolat maison, le tout accompagné
de vin français... un régal!
Odilon et Apache au mouillage à Sarqui
Plein de Français
Le lendemain, petit plaisir de capitaine de monocoque:
nous sommes mouillés plus près de
la plage qu'un cata français qui vient
d'arriver! (pour Olivier Tch. ;-) : un cata, ça
a souvent moins d'un mètre de tirant d'eau,
et peut donc mouiller très près
des plages, voire même s'échouer
sur le sable).
Bon, allez, soyons honnêtes : il faut dire
que la partie mouillable est assez petite et que
nous étions déjà 3!
Arrive encore 1 voilier français! Nous
sommes donc 5 bateaux français, et assimilé
(pardon Odilon ;-)), dans ce petit mouillage du
Venezuela!
Et les enfants?
Beaucoup de Français mais hélas
pas d'autres enfants, au grand regret des nôtres,
qui chaque fois, observent avec espoir les nouveaux
arrivants!...
Nous payons probablement là notre choix
initial d'éviter la route classique par
les Antilles, où nous aurions à
coup sûr navigué avec d'autres familles...
Mais ce manque de contacts avec d'autres enfants
voyageurs, qui serait certainement très
difficile à vivre pour un enfant unique,
a des aspects très positifs chez les nôtres:
ils jouent beaucoup plus ensemble qu'auparavant,
développent leur imagination et leur créativité
en fabriquant des jouets en papier, en carton,
en coquillage... Et puis l'absence de compagnon
de route favorise incontestablement le contact
avec la population des pays visités. C'est
ce contact dont nous avons envie pour nous comme
pour nos enfants. C'est celui que nous avons eu
dans l'archipel des Testigos et que nous espérons
vivre encore, à Cuba par exemple.
Odilon et L'insouciant changent d'île.
Nous préférons rester encore un
peu. Les autres voiliers s'en vont aussi: les
2 jours suivants, nous profitons seuls du mouillage!
Il faut dire qu'ici, aucun sentiment d'insécurité
: panneau de descente ouvert la nuit, annexe dans
l'eau... Nous nous sentons vraiment en vacances!
Un seul regret: nous avons vu Sarqui, mais pas
Hutch! ;-)
Dos Mosquises (25 au 27 février): Tortues
- Langoustes - Plongée
Sur la route pour Dos Mosquises, nous nous retrouvons
au milieu d'un banc de sable. Le profondimètre
nous affole: entre 2,2 et 2,5 mètres!!!
Pendant 5 minutes interminables, voiles rentrées,
moteur au minimum, nous slalomons entre les patates
de corail et finissons par en sortir! On a vraiment
eu peur pour le bateau!
L'approche de Dos Mosquises, passant entre 2 récifs
coralliens heureusement faciles à discerner,
est aussi très impressionnante.
Nous mouillons en même temps qu'Odilon,
qui nous a ouvert la route sur la fin.
L'insouciant, aperçu sur un autre mouillage,
nous rejoindra plus tard dans la matinée.
Nous sommes à nouveau sur un très
beau mouillage, devant une jolie plage et une
superbe palette de couleurs dans un lagon tout
proche.
L'île héberge le deuxième
aérodrome de l'île (apparemment peu
utilisé), quelques pêcheurs, un club
de plongée, et un centre de recherche et
de protection des tortues. Ils prennent les ufs
qui ont trop de risques de ne pas arriver à
maturité (trou mal rebouché ou autre),
et relâchent les jeunes tortues alors âgées
d'un an. Les enfants sont ravis de cette visite.
Le soir, nouveau repas sur Odilon avec L'insouciant:
encore un délicieux repas!
Le lendemain midi, nous nous régalons
de 3 belles langoustes achetées 60 bolivars
(10 euros), soit ce qu'il nous reste et que nous
voulons liquider avant de quitter le Venezuela.
La dernier jour, Florent, qui est moniteur de
plongée, offre à Juliette son baptême,
sur l'un des plus beaux sites de Los Roques! Elle
revient enchantée de cette expérience:
merci Florent pour ce super cadeau d'anniversaire
en avance!
C'est ensuite moi qui aie droit à une
belle sortie plongée, cette fois avec Jean-François
et Christian. Merci pour ce bon moment!
Adieux à Odilon et L'Insouciant : nous
quittons Dos Mosquises, Los Roques et le Venezuela
le 27 février, après un mois passé
dans les très belles îles de ce pays!